Retour accueil

 

Index

Glossaire

Liens

Bibliographie

Album

 

Vos remarques

Écrire à l'auteur

Essai historique sur les machines à composer

 

Introduction

Quel intérêt ?

Aperçu chronologique

Déjà la photocomposition

Les rescapées

Introduction

En explorant l’histoire des machines à composer, nous avons pensé à tous les passionnés de typographie qui s’intéressent aussi à un passé, pas si reculé, où les débuts de la mécanisation dans l’imprimerie provoquèrent bien des remous et suscitèrent bien des tentatives (et peu de réussites…).

Le cadre de cette recherche se limite au dix-neuvième siècle ; quelques mentions sont cependant faites de machines plus récentes, qui présentent une certaine originalité.

Bien sûr, il ne saurait ici être question d’exhaustivité. Le nombre des inventions (près de 300 brevets aux États-Unis et en Europe entre 1820 et 1925, selon Richard E. Huss), les renseignements fragmentaires recueillis sur certains modèles, ne permettent pas un inventaire complet. Le fait également que les recherches ont été menées principalement dans les publications francophones a certainement masqué des inventions issues d’autres pays (mais il semble que toutes les machines ayant eu un début de commercialisation aient facilement franchi les frontières).

On trouvera dans l’index des noms une liste des principaux inventeurs. D’autres noms apparaissent au fil des articles de l’époque, avec trop peu de détails pour qu’ils soient retenus (certains sont regroupés dans la rubrique « ...et quelques autres »).

L'album regroupe une série de vignettes qui fait apparaître la diversité des machines inventées pendant cette période.

La bibliographie recense les principaux ouvrages et les revues professionnelles qui ont fourni la matière première de cette recherche.

Un glossaire, limité aux termes d’imprimerie qui ont un rapport avec les machines à composer, permet de définir certains termes, dont certains appartiennent à l’histoire de la typographie…

Signalons que le site italien Linotype & Linotipisti propose une liste alphabétique des inventeurs ou des machines, et qu'un site hongrois présente, lui, un historique sous forme chronologique.

Quel intérêt ?

Quel peut être l’intérêt de revenir sur ce siècle de recherches autour de la machine à composer ? Tout d’abord, observer l’effervescence d’une profession qui voyait les presses mécaniques, souvent mues à la vapeur, remplacer les anciennes presses à bras, dans les journaux puis dans les imprimeries de labeur. Et se mettre un peu à la place des « typos » de l’époque, qui pour la plupart ne croyaient pas à l’avènement d’un système de composition mécanisée. En 1893, alors que certaines machines sont déjà en service dans les ateliers, Venceslas Bausa, fondeur de caractères, donnait l’avis suivant : « Si les ingénieurs qui se martèlent le crâne à son intention (…) pouvaient remplacer la composition manuelle par la machine, leur persévérance serait comprise ; mais il n’en est pas ainsi : on ne pourra jamais composer automatiquement comme on imprime, comme on tisse ou comme on file (…) »

Il est intéressant également de constater que, comme dans d’autres domaines où la mécanisation a remplacé le bras de l’homme (par exemple l’agriculture), ce n’est pas le système qui essaie de reproduire le geste de l’homme qui connaît le succès, mais bien plutôt celui qui essaie de trouver une voie tout à fait nouvelle.

Enfin, cette étude tire de l’oubli un certain nombre d’inventeurs, qui pour beaucoup ont fait preuve d’une grande ingéniosité et pour certains ont associé leur vie entière à une invention dont ils n’ont tiré ni gloire ni profit…

Aperçu chronologique

Les tentatives les plus anciennes destinées à accélérer le travail du compositeur ont conduit aux « logotypes » (caractères fondus ensemble, ou soudés), qui permettent de « lever » une syllabe ou un mot d’un seul geste. Les logotypes, expérimentés à partir de 1775, étaient encore utilisés à la fin du dix-neuvième siècle à la Gazette de France.

Les premiers essais de machines, vers 1815, sont dus à Benjamin Forster (à Londres), puis en 1820 à Pierre Leroux et à William Church. À cette première époque, on peut encore rattacher les tentatives de Ballanche, Chaix, Young (1844), Gaubert. Ces machines sont conçues sur un principe qui sera expérimenté par la plupart des inventeurs jusqu’à la fin du siècle : celui du « piano à caractères », dans lequel les lettres, stockées dans des tubes, sont libérées par l’action des touches d’un clavier similaire à celui d’un piano. Parmi les modèles proposés durant la deuxième moitié du siècle, certains eurent une notoriété plus grande : citons les appareils de Hattersley, Kastenbein, Paige, Wicks, les machines Empire et surtout Thorne (qui reprend, avec plus de succès, l’invention de Soërensen). La justification est souvent assurée à la main ; la distribution, elle, est parfois traitée, le plus souvent par un système de crans sur les caractères qui servent de « clé » pour choisir le bon conduit dans le magasin de la composeuse, conduit fermé par une « serrure ». La fonte de caractères spécialement adaptés à une machine apparaît en général comme un inconvénient significatif (ainsi que la fragilisation des caractères par les crans multiples, surtout dans les petits corps).

L’Exposition caxtonienne de Londres, en 1877, avec 6 machines présentées, fut l’occasion d’un premier bilan. Aucune machine, à cette époque, n’est vraiment en fonctionnement dans un atelier.

La justification et la distribution, opérations complémentaires de la composition classique, font parfois l’objet de machines distinctes, avec des résultats plus ou moins heureux. Celles de Mac Millan et de Lagerman semblent avoir donné satisfaction.

Durant ce demi-siècle qui précéda l’avènement des machines Linotype et Monotype, bien des inventions virent le jour. La machine Lagerman ressemblait à un « entonnoir à caractères », fixé sur le bord de la casse. Le système de M. Hooker pourrait passer pour un précurseur de nos « crayons électroniques ». La « dominicaine », conçue par le R.P. Calendoli, occupe deux étages et promet, au début, une cadence de 50 000 lettres à l’heure !

D’autres chercheurs partent sur la voie du clichage. Ainsi la Coptotype en 1845, la machine de Flamm, en 1863, le brevet américain de M. Sweet en 1866, la Néo-typo en 1875, le système Goodson en 1884, la machine Turbelin, la Typomatrix Sears en 1889.

Le système de M. Cox, en 1886, utilise des espaces en ruban gaufré, et la justification s’opère par une pression latérale ; ce principe d’« espace extensible » sera utilisé ensuite sur les machines à lignes-blocs.

Cette ligne-bloc est la voie qu'explora, avec le succès qu'on connaît, Mergenthaler à partir de 1876 pour donner naissance à la Linotype. De nombreuses machines exploitèrent la même veine, mais avec moins de résultats (par exemple le Typograph, la Linograph, la Monoline, et bien sûr l'Intertype qui elle eut une carrière comparable à son aînée).

Parallèlement, l'idée de fondre des caractères neufs, mais séparés, était elle aussi ancienne. Elle résultait des problèmes rencontrés pour la distribution sur les machines à composer « classiques » et du souci d'obtenir une meilleure qualité d'impression. C'est ainsi que les machines Kastenbein, installées au Times, étaient alimentées en caractères neufs fondus sur place. Et l'idée d'utiliser un ruban perforé pour « coder » la composition, sur le modèle des métiers Jacquard, avait été aussi retenue par plusieurs inventeurs (par exemple Mackie, en 1867, et Goodson, en 1884). (La « machine palpante » de MM. Kunaguinski, Galahoff et Ossipoff, en 1866, utilisait déjà la fée Électricité pour lire la bande perforée.) La réunion des deux procédés fut l'œuvre de Tolbert Lanston, qui donna naissance à la machine Monotype, laquelle connut, comme la Linotype, des imitations, mais en nombre beaucoup plus restreint (par exemple la Dyotype, de M. Pinel). L’Electrotypographe (machine Meray-Rozar) reprend ce principe en 1898 avec des perfectionnements qui ne suffiront pas à lui assurer un avenir.

Les premiers essais de « composition programmée », dans les années 1960-1970, s'inspirèrent de ces dernières machines, du moins pour l'aspect « saisie sur bande perforée » et calcul de la justification.

Déjà la photocomposition

Pour finir, il faut dire que l'utilisation de la photographie pour la composition avait été entrevue très tôt, dès le milieu du dix-neuvième siècle. À la suite des travaux de John Talbot pour appliquer les daguerréotypes à la reproduction des illustrations, on vit éclore diverses inventions : l'appareil de E. Pozzelt, en 1895 ; celui de M. Friese-Creene, à la même époque. Puis la Photoline de Dutton (une machine du même nom fut proposée par Bawtree) parvinrent au stade du prototype ; on trouve déjà le principe du tambour porte-matrices. La machine Thothmic (1925), de MM. Hunter et August, essayée au Morning Post, ne fut pas commercialisée. Mais nous sommes ici dans la préhistoire des photocomposeuses, et c'est un autre sujet…

Les rescapées

Peu de machines ont survécu aux années et sont présentées dans des musées. En dehors de la Linotype (et de ses dérivés) et de la Monotype, on peut voir le Typograph (Rendsburg, Mondovi, Leipzig), une machine Kastenbein (Munich), une machine Soërensen (Copenhague), le Paige Compositor (Hartford), une Thorne (North Andover).

 

Annexes

1. Composition mécanique et qualité typographique

2. Conséquences sociales de la composition mécanique