Les machines à composer

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Tolbert Lanston et la Monotype

Les brevets de T. Lanston

Type Forming Machine

Triangle Monotype

Les claviers

 

 

MONOTYPE

1887. Dite aussi « Lanston Monotype Machine ».

Une description détaillée de cette machine, encore en fonctionnement dans quelques ateliers de par le monde, ne s'impose pas. Mais son histoire est moins bien connue que celle de son éternelle concurrente, la Linotype. C'est pourquoi, en plus d'une approche rapide dans cette page, nous proposons également une étude plus approfondie des principaux prototypes (la Type Forming Machine, la Triangle Monotype, les claviers) ainsi que du parcours de son inventeur, Tolbert Lanston.

Un premier brevet, pris en 1887, porte sur un système qui poinçonnait les caractères sur des bandes de métal, à partir de deux bandes perforées qui déclenchaient des contacts électriques. C'est la Type Forming Machine. On trouve déjà sur cet appareil les matrices (au nombre de 196) disposées en damier, avec déplacement dans deux directions perpendiculaires. En 1890, avec la Triangle Monotype, les caractères ne sont plus emboutis, mais fondus. En 1893 sont présentés à l'Exposition de Chicago des modèles, encore expérimentaux, mais avec une seule bande perforée, de double largeur, qui était « déchiffrée » par un peigne dont les dents mobiles agissaient sur des leviers articulés.

Sur les premiers claviers, les perforations étaient obtenues directement par l'appui des touches, mais le calcul de la justification à partir des unités allouées à chaque caractère est déjà présent.

En 1894 un tournant est pris, avec la mise en construction d'une cinquantaine de machines et l'intervention de J.S. Bancroft, talentueux ingénieur de la firme Sellers & Co. à Philadelphie. Un modèle simplifié, à 132 caractères, est mis sur le marché.

Les années suivantes, alors que T. Lanston est plus ou moins « mis sur la touche », la Monotype prend son essor, avec une fondeuse entièrement revue par Bancroft, qui revient aux 225 matrices. En 1897, la Monotype traverse l'Atlantique pour s'implanter en Angleterre, où elle trouve un accueil enthousiaste et un appui financier considérable. En 1898 une commande est passée par le « Government Printing Office » d'Australie. La machine apparaît en France à ll'Exposition de 1900 à Paris. En 1908, le clavier (modèle D) prend son aspect définitif. Déjà à cette date, plus de 1 100 fondeuses et 1 550 claviers étaient installés.

Le clavier, modèle 1893

La fondeuse, modèle 1893

Tolbert Lanston (1844-1913) ne fut pas le seul inventeur à parier sur la séparation du clavier et de la fondeuse, ainsi que sur la fonte des caractères isolés.

Déjà, en 1871, Charles A. Westcott (New Jersey) avait inventé une fondeuse commandée par un clavier. Les matrices étaient montées sur des barres comparables à celles d'une machine à écrire, et venaient se plaquer sur un moule à chaque frappe d'une touche. Cette machine fut présentée à l'Exposition du Centenaire (Philadelphie, 1876).

La bande perforée avait déjà été utilisé dans ce domaine par Mackie (1867). Elle est même mentionné en 1848 par D. Mackenzie, et par William Martin l'année suivante, qui décrit en détails un système s'adaptant aux machines de Clay et Rosenborg d'une part, et de Young et Delcambre d'autre part. Et n'oublions pas la machine du Russe Kniaghininsky, brevetée quelques mois avant celle de Mackie, mais qui resta au stade du prototype. Le Graphotype Goodson, vers 1884, employait aussi la bande perforée et la fonte de caractères isolés. La transmission des données entre clavier et fondeuse reprenait les principes du télégraphe de Wheatstone (Angleterre, 1859).

 La Meray-Rozar, sans doute inspirée par la Monotype, exploitait le même principe, et avec des innovations techniques.  Voir aussi la Dyotype de M. Pinel. Et, bien plus tard, la Solotype. Mais la Monotype s'est imposée pour la composition mécanique des travaux de qualité, en réfutant les prévisions de bon nombre d'observateurs qui, à la fin du dix-neuvième siècle, prédisaient le succès à la machine à composer qui serait la plus simple dans son fonctionnement...

À titre de curiosité, on trouve dans le catalogue de la maison Ofmag (Paris), en 1955, des machines construites en URSS, sous le nom de « Singletype », modèles « MK-2 » pour le clavier et « MO-2 » pour la fondeuse, en tous points identiques aux matériels vendus par la Société Anonyme Monotype (mais la fondeuse pèse 1,1 t, soit 400 kg de plus que la « vraie » machine...) . Le même importateur proposait, dans la gamme Linotype, la marque « Novatype ».

[Le terme « monotype » avait déjà été utilisé vers 1850, en France, par un fondeur de Lyon, M. Calès, pour une machine à fondre les caractères. Cf. Paul Dupont, Histoire de l'imprimerie, 1853.]

 

Réf. : Revue des arts graphiques, 1893
La Nature, 1901.
Les Archives de l'imprimerie.
Pour un comparatif (très subjectif, puisque rédigé par Henry Garda, concessionnaire Monotype à Paris) entre Linotype et Monotype, à l'époque où la Linotype & Machinery Limited présentait la « Linotype à quatre magasins », voir la brochure Les Deux Cloches, Paris, 1912, 64 p. Cf. Bibliographie.
Site Alembic Press.
Le site australien de John Setek.
Le site suisse de l'écomusée Voltaire.
L'historique sur le site Agfa Monotype.